À L’INSTAR DE LADY MACBETH, NOS DÉSIRS PEUVENT DOMINER NOTRE RAISON ET NOUS EMPORTER AU LARGE DE NOUS‐MÊMES

A quelle place l’être humain peut-il prétendre devant la majesté de la Nature ? Quels rapports établir au vu de sa puissance et de sa beauté ? Y-a-t-il un vocabulaire commun à ces deux entités pour qu’elles se comprennent ? Telles sont les interrogations auxquelles s’est confrontée la chorégraphe pour cette création « in situ ».

Solo 2007

40 Minutes

Question : Qu’est-ce qui t’a amenée à présenter un solo comme celui-ci en pleine nature ? 

Anan Atoyama : Je suis sensible aux formes de danse qui sont pratiquées dans mon pays. L’une des plus connues, le Buto, est une source d’inspiration pour mon travail. Avant l’esthétisme, c’est surtout l’état d’esprit des artistes de cette danse qui me nourrit, leur authenticité et leur honnêteté. L’un des grands artistes Buto encore vivants est Min Tanaka. Ce dernier s’est installé il y a plus de trente ans en pleine campagne japonaise, dans la région d’Hakushu, car il voulait allier le travail de la terre avec le Buto. Il est donc devenu agriculteur et danseur… C’est une alliance qui peut surprendre mais pour moi elle a beaucoup de sens. Adolescente, j’ai d’ailleurs voulu être agricultrice. Ce sont deux activités qui ramènent à l’essentiel. Min Tanaka organise parfois un festival où il convie des artistes à un temps de création sur ses terres et un temps de représentation devant un public. J’ai souhaité y participer et j’ai eu cette opportunité en 2007. 

Question : Comment cette rencontre s’est- elle passée ?

Je m’étais donnée trois jours pour créer ma pièce et la présenter. C’était l’été, la nature à Hakushu est somptueuse. J’étais parmi elle, émerveillée par chaque signe de vie qu’elle me proposait, par chaque son et mouvement de son immense corps. Les montagnes et les nuages étaient si majestueux et bavards que je passais mon temps à les écouter. Un jour passa, puis le deuxième et malgré mes efforts et mon acharnement à vouloir produire une chorégraphie, rien ne sortait de moi. Je me trouvais presque ridicule de vouloir imposer de regarder la danse d’un humain avec un tel décor en arrière-plan. J’étais intimidée et ne me sentais pas de taille avec un partenaire si éclatant de vigueur et de créativité. A la veille du spectacle j’avais simplement envie d’inviter les gens à contempler la nature pendant une demi-heure et de m’asseoir parmi eux… Alors que j’étais sur le point de me résigner et d’annuler la représentation, j’eu un déclic, comme cela peut arriver. Un dialogue pouvait commencer. Je me suis levée à l’aurore, ai travaillé en harmonie avec le lieu que j’avais choisi et le spectacle fut un très beau moment.

C’est-à-dire ?

 

Il est difficile de trouver le temps, pour les personnes comme moi qui vivons en ville, de raviver en nous l’espace que nous avons en commun avec la nature. Quand ce lien peut reprendre vie, les sensations et les émotions qui naissent, vivent et disparaissent, sont indescriptibles. Comme un enfant qui retrouve sa fratrie ou sa mère après un long moment de séparation : il y a de l’excitation mêlée à de la timidité, de la tendresse par un besoin physique de rester en contact, un flot de choses à se dire… On touche à une part de soi, une dimension qui nous dépasse et qui est rare. Pourtant, elle est essentielle, je crois. Quand on est en ville, on le sait. Dans la nature, on le connaît.

Distribution

Chorégraphe : Anan Atoyama

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