Il s’y ressource à plat et se retrouve.
Baignés de quiétude et d’air frais,
on y rencontre des inconnus avec qui nous partageons les fruits essentiels,
en considérant les prochains pérégrins qui, à notre place, feront bientôt halte.
C’est limpide, pourtant ce sont des humains dont nous parlons,
Nous qui traversons plus souvent les tempêtes en quête du prochain havre de paix.
Sur quoi repose notre volonté de se rendre sur l' autre versant de la dune ?
Observons comment Mille Oasis s’ouvrent devant nous,
En franchirons-nous l’orée ?
«Au Japon, ma grande tante était maître de cérémonie du thé. Il m’arrivait d’y assister quand j’étais petite. J’avais l’impression qu’elle ne travaillait pas en fait, car je ne la voyais pas beaucoup agir pendant la cérémonie. Un jour je fis cette remarque à ma mère, qui me répondit que son véritable travail était la qualité de sa présence et son habileté à créer une ambiance où les hôtes pouvaient se relâcher. C’est la source d’inspiration de cette nouvelle création »
Anan Atoyama
Quelles relations profondes entretient l’être humain avec son environnement ?
Reflexions
Face à l’existence qui se montre parfois rude et impétueuse, nous cherchons tous à créer un oasis intime afin de découvrir un repos essentiel à la survie. Dans un environnement hostile, la peur gouverne nos sens et les corps contraints en subissent toutes les conséquences. Retrouvons ces mystères qui nous régissent et acceptons sans pensée la danse pour s’en adoucir. Le titre du spectacle Mille Oasis interroge cette capacité à créer, qui reste souvent enfouie dans les sables de notre désert personnel.
Le corps a des raisons que la raison ne connaît pas et je tente en lui laissant toute sa place de trouver un nouveau langage corporel afin de retrouver la complexité et la polychromie de notre être.
“Mitatéru” en japonais peut se traduire par « s’adapter ».Cette notion principalement utilisée dans l’art traditionnel japonais,est aujourd’hui également employée dans l’art contemporain, le design et la mode. Les créateurs, grâce à leur imagination, cherchent toutes les possibilités de transformation intrinsèques d’un objet. Dans le théâtre Nô, par exemple, un éventail est utilisé comme tel, mais peut aussi se transformer encoupe, en couteau, en note. Ce « Mitatéru » est largement présent chez les couturiers japonais qui modèlent un même tissu pour créer différents styles.
Mon expérience personnelle et mes longs séjours dans divers pays et cultures m’ont constamment obligés à « m’adapter » moi aussi et à chercher de multiples possibilités. De là me vient le plaisir de créer pour mes pièces une scénographie en perpétuel mouvement, dans laquelle je m’amuse à plonger les danseurs afin d’explorer dans ce contexte leurs multiples facettes, couleurs et saisons que chacun d’eux transporte dans leur bagage personnel. C’est ma forme de « Mitatéru ».
Je cherche, dans mon travail de chorégraphe, à entrevoir une nouvelle vision ducorps et de l’humanité qui nous habite, à jouer de nos forces et de nos fragilités, contrastes étonnants si présents dans mon pays d’origine.
Anan Atoyama